Echos : La parole et le corps

 

Echos de la conférence d''Hélène Deltombe : La parole et le corps

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Cycle de cinq conférences à Reims 2013-2014
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Le public était nombreux pour cette première conférence ce samedi 12 octobre 2013, inaugurant ce cycle 2013- 2014, sur le thème : Le corps et l'enfant.

Hélène Deltombe a pu y déplier le parcours de l'enfant, dans son corps, lui permettant d'accéder progressivement à devenir un parlêtre.

Le petit n'a dans ses premiers mois que son corps réel, son organisme, pour se signaler.

Le premier traitement du réel par l'enfant se fera par le babil, les bruits de bouche : la lalangue, comme tentative de lier le corps et les mots.

Ce sont les premières racines du langage, dans le réel, qui est toujours traumatique.

A 6 mois, l'enfant se sert de l'image, à travers le miroir, mais aussi la reconnaissance par l'autre, pour tenter de donner une unité à son corps.

Mais cette unité imaginaire est précaire. Pour prétendre à une unité symbolique, l'enfant en passera par l'autre,

dans un rapport spéculaire d'abord, puis par les objets de besoin, et les objets pulsionnels, objets a, par lesquels il va faire une demande.

Il prend appui sur l'Autre, grâce à ces objets.

La demande de satisfaction d'un besoin équivaut en même temps à une demande d'amour, condition pour que l'enfant prenne la parole.

Le processus de symbolisation permet donc de traiter le réel et d'ordonner l'imaginaire.

De passer de : être un corps et se signaler par lui, à : avoir un corps et se signaler par la parole, pour faire une demande.

Hélène Deltombe choisira de traiter d'une question essentielle qui concerne le corps de l'enfant :

Comment celui-ci assume t'il sa sexuation, c'est-à-dire être garçon ou être fille ?

Il lui faut passer d'abord par des réponses imaginaires, théories sexuelles infantiles, qui pourtant ne le satisferont pas.

C'est ainsi que l'enfant peut se trouver agité par l'énigme du sexuel qui reste en impasse.

On peut alors parler d'une pulsion de savoir, traduite par Lacan par « avidité curieuse », pour définir ce qui s'empare de l'enfant

qui « s'attache alors aux problèmes sexuels avec une intensité imprévue ».

C'est le cas de Florent, 3 ans, très agité, qui mettra à ses questions au centre de son analyse avec H.Deltombe.

Il pourra effectuer ce passage d'être le phallus de la mère à l'avoir.

L'angoisse de castration ne sera pourtant surmontée que lorsqu'il aura pu donner à son mode de jouissance fondé sur l'objet anal, une signification phallique.

Il pourra alors parvenir à une subjectivation de son sexe. Arrivé « comme une boule de nerfs », il pourra enfin, au terme de 4 années d'analyse,

avoir un corps apaisé et être concentré sur le langage.

Dans le cas d'Oscar, 15 ans, qui n'est pas un sujet divisé, il s'agit de s'appuyer sur ce qu'il a lui-même mis en place pour que son corps soit rassemblé.

Oscar prend appui sur deux objets de consommation : les chaussures et la moto grâce auxquels «il est bien dans ses pompes » et « tout roule ».

Grâce à ce nouage, il s'écarte de la place d'être l'objet du fantasme maternel.

H.Deltombe dirigera cette cure dans le sens de faire de ces deux objets un appui durable.

A travers ces deux cas, qui ne peuvent être ici détaillés, H.Deltombe a mis en évidence deux manières de traiter la question du corps chez l'enfant dans une cure.

 

Estelle Athurion-Laghlid