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Double après coup

Avis de tempête à Laon, et A ciel ouvert à Reims. 

Par C. Stef

 

Sous ce titre, Avis de tempête, Juliette Parchliniak, intervenante au Courtil, membre de l’ACF-CAPA,  et invitée par la commission Lire Freud à Laon, nous a présenté minutieusement le travail attentif qu'elle poursuit avec un jeune garçon accueilli au Courtil, depuis plus de deux ans. Avec une grande rigueur théorique servie par un style  limpide et par une sérénité souriante, Juliette Parchliniak nous a permis de comprendre comment la pratique à plusieurs promue au Courtil permet de valoriser les inventions d’un sujet aux prises avec une certaine férocité de l’Autre. Inventions qui essaient, chacune à sa façon,  d'organiser le monde, de lui donner une raison logique, d'établir des liens de cause à effet, là ou ne lui apparaît le plus souvent que le caprice sans loi d'un réel grimaçant. A la place de la menace que représente l'autre, une expérience, une trouvaille, un dispositif parfois infime, permet au sujet de reprendre la main, au moins dans le cadre de son invention: ici par exemple comment le maniement d'une station météo très personnelle, permet de prévoir à coup sûr la formation de neige ou de pluie.... dans le congélateur, et d'annoncer un avis de tempête éventuellement. Juliette Parchliniak  montre de façon très convaincante l'effet thérapeutique de l'orientation lacanienne telle qu'elle est mise en pratique et réinventée au Courtil depuis 30 ans.

Pour s’en faire une idée il faut se précipiter au cinéma, pour voir le magnifique film de Mariana Otero, A ciel ouvert, en salles depuis le 9 janvier 2014.

 

Film dont j’ai saisi hier, en le voyant à Reims, pour la deuxième fois, pourquoi  non seulement il me touche, mais pourquoi il est si important qu’il apparaisse aujourd’hui dans notre paysage social, culturel, artistique, politique.

S’il s’agit de montrer la folie, c’est dans la mesure où celle ci nous enseigne, nous concerne et nous renseigne aussi bien, sur maintes rencontres ordinaires avec le réel. A chacun, non pas sa folie, mais sa modalité propre de rencontre avec quelque chose qui surgit comme fragment disjoint, décalé, grimaçant, comme autant de grains de folie dans nos vies très normales.

-          Comment fait elle, Allison,  quand les limites de son corps ne sont soudain plus assurées ? 

-          Comment fait il, ce jeune adolescent de bientôt 16 ans, quand malgré ses écouteurs branchés sur les oreilles, les mots deviennent des choses qui encombrent son cerveau ?

La vie recèle cette part de réel, qui se produit dans la rencontre du corps et du langage, tour à tour  fragile,  improbable, pesant, ou torturé

Imaginez une météorite qui rencontre la terre, propose un intervenant du Courtil à la caméra de Mariana Otero : soit ça s’arrange, il fait le geste d’envelopper une main avec l’autre, soit ça ne colle pas, le poing fermé percute la paume ouverte.

Tout est là. Chaque enfant, chaque intervenant consent à dérouler des fragments de cette rencontre, devant l’intervenante-à-la-caméra, pour elle, et avec elle, incluse dans la séquence qu’elle filme.

Le bonheur de cette rencontre, c’est l’effet de poésie qui est au rendez-vous, qui est aussi un effet d’enseignement : on peut savoir comment faire avec une certaine obscénité, avec une force destructrice quand celle-ci s’empare d’un sujet. C’est l’art subtil de la pratique à plusieurs,  d’orientation lacanienne, telle qu’elle s’invente dans les institutions du Champ freudien, et depuis 30 ans au Courtil.

Allison se saisit de ce regard éclairé qui la fait exister, elle nous montre comment soudain, avoir un corps peut s’éprouver comme jubilation.

C’est l’art de Mariana Otero d’avoir su avec une telle justesse, se faire docile à cet enseignement de l’être moderne, sous un titre lumineux, et pas sans secrets :  A ciel ouvert.

Le film a été projeté dans plusieurs villes de l’ACF-CAPA,  à Lille en avant-première en décembre, à Châlons en Champagne, à Amiens puis hier à Reims …. Faisant à chaque fois salle comble, plusieurs séances ajoutées pour répondre à la demande d’un public nombreux…..