combattants

Les combattants

 

Rencontre Cinéma-Psychanalyse sur le thème des Journées de l'ECF : Faire couple

Débat animée par Philippe Bouillot, Psychanalyste à Bruxelles, Membre de l'ECF.

Cinema L'Univers, Rue Danton, LILLE

Le Vendredi 25 Septembre

Accueil 20 h

Projection 20 h 30
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Télécharger l'affiche de présenation de la soirée.

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« Partons de ceci : la solitude existe et le couple est une fiction.
La première se supporte, se subit, au mieux s'assume ; le second nécessite un certain travail, voire une ascèse. »
Christiane Alberti
Argument des 45e journées de l'École de la Cause freudienne
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Thomas Cailley nous propose, avec ce film, une comédie déroutante et drôle sur la rencontre amoureuse entre Madeleine (Adèle Haenel), jeune femme athlétique qui se prépare, façon commando, à survivre seule aux pires catastrophes à venir et Arnaud (Kévin Azaïs), jeune menuisier un peu perdu, qui se laisse vivre au jour le jour.
Madeleine dénonce, vigoureusement parfois, le lien social comme pour mieux anticiper son inévitable isolement futur faite de la satisfaction de ses seuls besoins vitaux dans un monde devenu hostile. Cette idée tout a fait personnelle du monde donne lieu à des scènes acérées et des répliques drôles.
Là où la complicité et encore moins l'amour ne semblaient avoir de place, se creuse avec tendresse et délicatesse l'espace pour un partenaire, fut-il, un « partenaire-symptôme ».
Ce film ne flatte pas une hypothétique complémentarité ou l'harmonie supposée d'un duo mais il vient plutôt dérouler le fil subtil et singulier d'un lien entre deux solitudes, autrement dit, une façon de faire couple, en attendant...

Pour la commission Cinéma-Psychanalyse de l'ACF-CAPA,
Josselin Schaeffer

AfficheVictimeAlavie

A la vie / Prépatation du Congrès Pipol VII

À la vie

 

 

« Ceux qui ont subi dans leur chair les moments les

plus dramatiques de l'histoire du monde

nous ont appris que la position de victime n'était pas la meilleure réponse à ce qu'ils avaient vécu et l'ont pour cette raison souvent rejetée. »

Jean-Daniel Matet Directeur de PIPOL 7

 

 

 

C'est sans aucun doute par le signifiant victime que les trois personnages du film de Jean-Jacques Zilbermann seraient épinglés par la société contemporaine. Or, cela n'a pas été, ici, le parti pris du réalisateur qui fait de ces trois femmes ayant partagé ensemble l'expérience terrifiante des camps d'extermination, des femmes aux destins tout à fait singuliers.

 

Hélène, incarnée par Julie Depardieu, Lili interprétée par Johanna Ter Steege et Rose, que joue Suzanne Clément, témoigneront, tout au long du film, par leur position propre dans l'existence, des limites de la collectivisation d'un vécu toujours individuel et de l'imposture inhérente à l'identification, fut-elle celle de victime ou de déportée.

 

Toutes les trois ont un rapport au réel différent que leur expérience de détention est venu bousculer. Mais, chacune révèle, à sa façon, que le choix de la fatalité n'est pas une réponse inexorable. Un devenir peut s'écrire autrement à condition de prendre le risque de quitter le confort de ce qui fait sans cesse retour.

 

Quinze ans après leur libération d'internement du camp d'Auschwitz, Hélène, Lili et Rose, se retrouvent pour la première fois après la guerre, à Berck-plage. Rose, qui a perdu son bébé, gazé à son arrivée à Auschwitz, fait dépendre son sort et ses turpitudes actuelles de « son » drame. Or, sa position dans l'existence ne dépend pas de l'Autre mais bien d'elle et de la façon dont elle parviendra à se détacher d'une souffrance jalousement gardée et tue pour renouer avec la vie. Hélène, elle, a fait le choix du sacrifice en renonçant à la sexualité dont elle se prive par le choix d'un mari impuissant, lui même rescapé des camps. Elle saura néanmoins quitter le costume d'éternelle sacrifiée que la déportation l'avait poussée à revêtir. Au delà de cette identification, elle réussira avec l'aide de ses amies, à assumer la responsabilité de sa position et donc à envisager qu'une autre forme de traitement de l'indicible lui était ouverte. Lili, quant à elle, est une femme libre, en avance sur son temps. Elle nous apprendra pourtant, discrètement, que l'on ne peut s'affranchir totalement du sens et de l'imaginaire face au surgissement de ce qui fait mauvaise rencontre comme reste de l'horreur et de l’innommable

 

Le film souligne une alternative à la répétition mortifère et à la culpabilité dans laquelle la position de victime fixe bien souvent ceux qui croient s'y reconnaître.

Face à une abomination commune, aucune réponse collective ne peut suffire à dire la complexité dans laquelle chaque sujet, au cas par cas, s'y trouve pris.

Le traumatisme fondamental est avant tout celui « de la contingence de la rencontre entre le signifiant et la jouissance »1. C'est cette rencontre entre le corps et le langage qui commandera le rapport au monde du sujet et la façon dont le trauma raisonnera en lui.

 

En ne cédant pas du côté de la réparation, du dédommagement, du préjudice ou de la remédiation promise par le statut de victime, la psychanalyse, qui envisage le sujet comme responsable des symptômes qu'il produit, ouvre des perspectives élargies sur tous les bricolages singuliers possibles.

Pour la commission cinéma et psychanalyse

Josselin Schaeffer

1Miller J.A., « L'orientation lacanienne. L'être et l'Un », leçon du 23 mars 2011, cité par Mercedes de Francisco in « Un réel pour le XXIème siècle » édité par l' Association mondiale de psychanalyse et l'Ecole de la Cause Freudienne.

RencontreCinemaHeureuxEvenement

Un heureux événement, ou le réel du corps maternel

Soirée préparatoire aux Journées de l'ECF sur le thème Être Mère, au Cinéma l'Univers, Vendredi 24 Octobre, 20 h.

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La question qui travaille tout le film adapté du petit roman éponyme d'Eliette Abécassis1 pourrait se formuler ainsi : que devient l’amoureuse dans la mère ? Pointant comme la maternité n’est en rien l’accomplissement ultime de la féminité et comme l’instinct maternel n’est qu’« un mythe moderne »1, Barbara, l'héroïne, tente, non sans causticité, de s’y retrouver au beau milieu de la terminologie de la puériculture. Dans son couple, les places flottent et le désir est désorienté : elle se voit « détrônée »2 par sa fille dans le regard de son compagnon devenu père, et bientôt, l’enfant prend la place de l’amant, dans son cœur comme dans son lit. Constatant à quel point la crudité corporelle trash de la grossesse et de la maternité « ne participe pas de l’Eternel Féminin »3 au regard des parangons sociétaux, elle se demande comment être mère sans l’être toute, comment se séparer de son enfant alors même qu’elle le sent encore dans tout son corps.

Suite à cette expérience de l’extrême qui réinterroge les pourtours du corps et de la féminité, notre héroïne semble néanmoins dessiner un horizon. À sa question de ce que devient son fantasme de l’amour « sacré »4, « spirituel » 5, « ardent »6, dès lors ébranlé par la maternité qui englue, désacralise, ensanglante et salit, elle répond du côté d’une redistribution du désir : si la division entre être femme et être mère reste des plus active, l’amour n’est pas à enterrer – il « change de paradigme »7.

 

Pour la commission Rencontre Cinéma-Psychanalyse, Sophie Simon

 

1 Eliette Abécassis, Un heureux événement, Editions Albin Michel, Le Livre de Poche, 2005, p. 38.

2 Ibid., p. 57.

3 Ibid., p. 140.

4 Ibid., p. 66.

5 Ibid., p. 66

6 Ibid., p.92.

7 Ibid., p.92.