Ouverture

Rencontre Cinéma-Psychanalyse

 

Jean-François Reix,

pour la Commission Recontre Cinéma-Psychanalyse  à Lille.

 

Que peut-on attendre de la rencontre entre le cinéma et la psychanalyse ? Assurément pas la "psychanalyse" d'une œuvre cinématographique, pas plus qu'une critique ! Écartons donc d'emblée l'erreur commune d'une psychanalyse, qui, forte de sa doctrine, viendrait dire l'alpha et l'oméga d'une œuvre d'art.
De quoi relève alors cette rencontre ?
Pour répondre, il nous faut revenir brièvement sur la partition qu'a opérée Lacan en 1964 dans l'Acte de fondation de l'EFP1. Deux sections voient le jour. Une première dédiée à la psychanalyse pure qui vise notamment l'étude du passage de l'analysant à l'analyste et une seconde consacrée à psychanalyse appliquée, soit la thérapeutique et la clinique médicale. Convenons que nous sommes loin d'une conception où la doctrine analytique, assurée de son savoir sur l'inconscient, viendrait transpercer l'écran de la conscience pour révéler un hypothétique "inconscient" du réalisateur, ou pire, celui, pour le moins plus hypothétique encore, des personnages ! Tirons-en la première leçon : seul le sujet qui s'y prête relève de la psychanalyse, pas l'œuvre.
Inversons alors la perspective et partons de l'idée que l'œuvre questionne celui qui la regarde. Là est le véritable ressort d'une rencontre fructueuse entre la psychanalyse et l'art. En quoi une œuvre cinématographique se fait-elle le révélateur de questions propres à interroger celui pris dans sa fiction ? Lacan dira, à propos de la peinture, qu'« en tant que sujet, nous sommes dans le tableau littéralement appelés, et ici représentés comme pris »2.
À la place de la fermeture que provoquerait une application d'un supposé savoir analytique à une œuvre, c'est d'une ouverture qu'il s'agit, où la psychanalyse est mise au travail : sa doctrine s'enseigne du savoir produit par la fiction parce que celle-ci nous oblige à « ouvrir les yeux »3. Le savoir, s'il doit être localisé, est du coté de l'artiste, fut-il à son insu. L'énigme, quant à elle, est du coté de la psychanalyse4.

 

1. Initialement École Française de Paris devenue École Freudienne de Paris.
2. J. Lacan, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 86.
3. C'est la proposition faite par J.-A. Miller s'adressant aux sénateurs, lors d'une audience au sénat sur le mariage pour tous et la filiation.
4. J. Lacan, Lituraterre, Autres Écrits, Le Seuil, p 13.