Fille ou garçon ?

Fille ou garçon ?

Pour la commssion Rencontre Cinéma-Psychanalyse, Jean-François Reix

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Filmé « à hauteur d'enfant », Tomboy, le second film de Céline Sciamma, nous plonge dans l'univers d'un enfant de 10 ans, loin du film d'adulte nostalgique ou introspectif sur l'enfance. Quand ses parents emménagent dans une nouvelle résidence, un monde nouveau s'ouvre à Laure qui va s'annoncer garçon à ses futurs compagnons de jeu.
Précisément, sur quoi se fonde la décision d'un enfant quand il se dit fille ou garçon ? D'un coté, la biologie s'avance à travers l'accord prétendument naturel entre le phénotype et le génotype, soit entre l'apparence et les chromosomes. De l'autre, les théories du genre veulent s'en séparer totalement et mettre en avant des identifications qui s'appuient principalement sur des normes sociales.

 

 

La psychanalyse quant à elle ouvre une autre voie. Tout en n'évacuant pas la dimension de la biologie – autrement dit le réel de tout un chacun -, elle prend en compte le choix du sujet et montre comment, à partir de l'inadéquationradicale entre les sexes, s'ordonne pour lui la possibilité de se dire femme ou homme.

 

Dire que la psychanalyse tient un discours sur la sexualité est une évidence. C'est son histoire. Mais cette histoire, Lacan l'a revisitée en nous proposant un discours des plus subversifs, prenant au sérieux les avancées et les impasses de la découverte freudienne sur la différence sexuelle. En 1973, au cours du séminaire Encore, Lacan exposait une étape importante de ses travaux en proposant les mathèmes de la sexuation. Ainsi, il réfutait les doctrines paternalistes, culturalistes et égalitaristes de la sexualité féminine. Le pas-tout phallique sera le point incontournable de cette élaboration.

Lorsqu'un un journaliste demande à Céline Sciamma si le sujet de Tomboy, « est à la fois l'enfance et le trouble d'identité ? »1 la réalisatrice est on ne peut plus clairvoyante : « C'est la même chose. Je voulais visiter cette zone d'incertitude, cet entre-deux. »

Ce qui est remarquable dans son travail, c'est la disjonction patente entre nature et culture. Si le film est tourné en lumière naturelle, dans un décors naturel - où la forêt est très présente -, c'est précisément pour mieux faire valoir en quoi la sexualité est disjointe de la nature.
Qu'est-ce qui préside alors au choix du sujet ? « [...] c'est le regard de l'autre qui décide de ce qu'on est », affirme la réalisatrice, «  vous défini [...] et vous enferme ».
Si on peut avancer que « l'identité » sexuelle d'un sujet se résume in fine à un bricolage personnel, la question se pose, entre autre, de savoir s'il se réduit à un simple regard.

Aussi nous vous proposons de venir débattre des nombreuses questions que le thème de ce film remarquable peut poser, en présence de Bernard Seynhaeve, psychanalyste membre de l'ECF, au cinéma l'Univers à Lille, vendredi 7 février à partir de 20 h 30.