La famille dans tous ses états (Cycle 2017-18)

Cycle 2017-2018 : La famille dans tous ses états


    Jusque dans les années 70, loi et nature tentent d'ordonner la famille. Un homme et une femme se marient, de cette union naît des enfants. Chacun a sa place : père, mère, enfant ont un rôle à jouer. La femme devient mère pour avoir porté l'enfant, l'homme devient père des dires de la mère. Tout irait pour le mieux, si, pour l'enfant, ne naissait pas de cette belle harmonie un bruit grinçant fissurant cette famille Ricorée. Mais cela n'en a-t-il jamais été autrement ? Le triptyque procréation, gestation, filiation a-t-il toujours été l'évidence qu'on veut parfois nous faire croire ?

    Partons d'un autre point de vue. Avançons, à partir de l'expérience de la cure analytique, que chaque analysant a à cœur de parler de son père, comme de sa mère, tel qu'il se les invente, mais pas ex-nihilo. « Ce qui reste tout à fait frappant, indique Lacan, c'est que les analysants, eux, ne parlent que de ça, [de ces parents] plus ou moins immédiats.» « L'inertie qui fait qu'un sujet ne parle que de papa ou de maman est quand même une curieuse affaire. »

    La famille est alors d'un tout autre ordre, qu'il convient cependant de ne pas réduire à une simple distribution de rôles, dont seul l'enfant finalement est le dépositaire. Il suffit de le laisser parler pour voir apparaître la question qui le concerne au premier chef : sa place dans le désir des parents « plus ou moins immédiat », qui peut s'étendre au médecin comme aux donneurs de gamètes. Quel désir a présidé à sa venue au monde ? Quelle place est-il venue prendre dans ce désir ? L'histoire que l’enfant construit n'est donc pas réductible à la biographie factuelle. Lacan parlera de l'enfant comme symptôme du couple parental.
    De là, chacun doit se situer dans cette famille, entité toujours d'actualité, objet même de revendication active, ce qui finalement laisse entendre qu'elle détermine quelque chose de ces relations internes. La famille apparaît alors comme le lieu de traitement de cet impossible à penser qu'est l'origine de la naissance, de cette rencontre hasardeuse entre deux gamètes. « Vous êtes surgi de cette chose fabuleuse, [dit Lacan] totalement impossible, qui est la lignée génératrice, vous êtes né de deux germes qui n’avaient aucune raison de se conjuguer, si ce n’est cette sorte de loufoquerie qu’on est convenu d’appeler amour. Ils font l'amour – au nom de quoi, grand dieu.»
     Durant l'année à venir, nous questionnerons, à partir de ce que nous enseigne les cinéastes, les modalités et leurs renouveaux de ces liens en jeu dans les formes les plus actuelles de la famille. 

Pour la commission Rencontre Cinéma-Psychanalyse     de l'ACF-CAPA à Lille    

Jean-François Reix
                                                           

La famille dans tous ses états

 

Jusque dans les années 70, loi et nature tentent d'ordonner la famille. Un homme et une femme se marient, de cette union naît des enfants. Chacun a sa place : père, mère, enfant ont un rôle à jouer. La femme devient mère pour avoir porté l'enfant, l'homme devient père des dires de la mère. Tout irait pour le mieux, si, pour l'enfant, ne naissait pas de cette belle harmonie un bruit grinçant fissurant cette famille Ricorée. Mais cela n'en a-t-il jamais été autrement ? Le triptyque procréation, gestation, filiation a-t-il toujours été l'évidence qu'on veut parfois nous faire croire ?

 

Partons d'un autre point de vue. Avançons, à partir de l'expérience de la cure analytique, que chaque analysant a à cœur de parler de son père, comme de sa mère, tel qu'il se les invente, mais pas ex-nihilo. « Ce qui reste tout à fait frappant, indique Lacan, c'est que les analysants, eux, ne parlent que de ça, [de ces parents] plus ou moins immédiats.1» « L'inertie qui fait qu'un sujet ne parle que de papa ou de maman est quand même une curieuse affaire. »

 

La famille est alors d'un tout autre ordre, qu'il convient cependant de ne pas réduire à une simple distribution de rôles, dont seul l'enfant finalement est le dépositaire. Il suffit de le laisser parler pour voir apparaître la question qui le concerne au premier chef : sa place dans le désir des parents « plus ou moins immédiat », qui peut s'étendre au médecin comme aux donneurs de gamètes. Quel désir a présidé à sa venue au monde ? Quelle place est-il venue prendre dans ce désir ? L'histoire que l’enfant construit n'est donc pas réductible à la biographie factuelle. Lacan parlera de l'enfant comme symptôme du couple parental.

De là, chacun doit se situer dans cette famille, entité toujours d'actualité, objet même de revendication active, ce qui finalement laisse entendre qu'elle détermine quelque chose de ces relations internes. La famille apparaît alors comme le lieu de traitement de cet impossible à penser qu'est l'origine de la naissance, de cette rencontre hasardeuse entre deux gamètes. « Vous êtes surgi de cette chose fabuleuse, [dit Lacan] totalement impossible, qui est la lignée génératrice, vous êtes né de deux germes qui n’avaient aucune raison de se conjuguer, si ce n’est cette sorte de loufoquerie qu’on est convenu d’appeler amour. Ils font l'amour – au nom de quoi, grand dieu2

Durant l'année à venir, nous questionnerons, à partir de ce que nous enseigne les cinéastes, les modalités et leurs renouveaux de ces liens en jeu dans les formes les plus actuelles de la famille.

Pour la commission Rencontre Cinéma-Psychanalyse

de l'ACF-CAPA à Lille

Jean-François Reix

 

1. Lacan J., Le Séminaire, Livre xxiv, L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, leçon du 19 avril 1977, Ornicar ?, n° 17-17, Paris, 1979, p. 12.

2, Lacan J., Le phénomène lacanien, Section clinique de Nice1998, p. 23.