Après-coup "guérir de la santé mentale"

Alors que la France fait de la Santé Mentale sa grande cause nationale deux années consécutives, l’ACF en CAPA a proposé au cours de son colloque de se pencher sur le thème « Guérir de la santé mentale ». C’est à partir de ce titre volontairement provocateur que Philippe De Georges, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, a abordé un sujet qui n’a de cesse de concerner notre pratique : la norme.

A quelle demande la santé mentale vient-elle répondre ? La demande du public s’apparente désormais à une demande de bien-être, d’ordre, autrement dit, d’homéostasie. La dite santé mentale peut alors être rapprochée d’une norme naturelle pensée comme capacité d’adaptation qui s’érige en idéal et vise à stériliser le désordre. Aujourd’hui la norme se veut statistique, référée à une courbe de Gauss permettant de mesurer les écarts à une norme quantitative. Philippe De Georges nous rappelant alors que la norme se rapporte finalement à l’Homme moyen, comme l’enseignait Jacques-Alain Miller dans son cours de 2003-2004 à partir des travaux de Quetelet. Ce chercheur a en effet introduit ses connaissances statistiques d’astronome au domaine de la mesure de l’Homme créant ainsi un idéal issu du chiffre et de la mesure de tous.

Quel rapport la psychanalyse entretient-elle alors avec la norme ? Philippe De Georges indique avec habileté que « la psychanalyse a été, est et restera un grain de sable gênant » en tant qu’elle s’oppose à la soumission du sujet au maître, rappelant par la même occasion ce qui, dans la psychanalyse, vise davantage à l’autonomie vis-à-vis des pressions sociales. Alors que vient gêner, déranger, la psychanalyse ? Au cours de sa conférence, Philippe de George nous a invité à nous pencher sur un texte fondamental de Canguilhem : Le normal et le pathologique. Mais à son écoute se dégage un autre travail : Qu’est-ce que la psychologie ? Il y déplie des distinctions essentielles, notamment entre la psychanalyse et la psychologie comportementaliste. Précisant au sujet de cette dernière que « […] pour une psychologie où le mot âme fait fuir et le mot conscience, rire, la vérité de l’homme est donnée dans le fait qu’il n’y a plus d’idée de l’homme, en tant que valeur différente de celle d’un outil. » On retrouve donc une conception de l’homme « machine, usager, consommateur » qu’il s’agirait de réparer pour un fonctionnement efficace et rentable. Finalement, les statistiques, le comportementalisme ou encore les neurosciences nous amènent à rappeler ce qui doit rester au centre de nos préoccupations : la condition humaine.

Soline Massart

Après-coup "guérir de la santé mentale"