Après-coup soirée cinéma et psychanalyse : Carré 35

Carré 35 est un film documentaire qui a pour titre un lieu, une adresse. Tout au long de cette œuvre Éric Caravaca nous entraîne avec lui dans une traversée. L’artiste souhaite nous décrire ici « la vérité d’une histoire cachée ». Il pose des pas sur les anciennes traces familiales avec une certaine pudeur et une précision bien réelle. Nous-mêmes, en tant que spectateurs, sommes pris dans ce qui manque : alors, dans cette salle du cinéma l'Univers, bien loin du Carré 35, nous avons pu, en quelque sorte, nous tenir au bord du récit d’Éric Caravaca. Le partage de Raquel da Matta-Beauvais ainsi que les membres de la Commission Cinéma psychanalyse de Lille, à la suite de la diffusion du film, appuient une chose : ces images, ces voiles, sont bel et bien choisis par Éric Caravaca lui-même. Il s’agit là du désir du réalisateur : bien qu’il cherche « la vérité », il s’agira toujours de la sienne.

Un parallèle est tracé entre le secret familial et la « culture de l’oubli » liée au passé colonial français en Afrique du Nord. Éric Caravaca s’engage dans un véritable travail d’investigation, documentant ses déplacements et ses entretiens, pour aboutir à une révélation. Cette quête autour d’une sœur oubliée devient le miroir d'un deuil national, il énonce : « Une enfant est morte, la civilisation coloniale aussi ».

Éric Caravaca nous invite à interroger les dynamiques discursives actuelles qui entretiennent cette « culture de l’oubli ». C'est là que le film nous bouscule et nous « gêne ». Il dépasse le récit autobiographique pour devenir un témoignage universel sur le refoulement. Carré 35 est une adresse où on nous dépose un objet-mémoire. On ne pourra pas y revenir, mais à travers l’art et la parole, nous continuerons à le penser.
Léonard Cerotti
Après-coup soirée cinéma et psychanalyse : Carré 35