Pour cette nouvelle saison « Cinéma Psychanalyse » nous avons le plaisir de vous convier à une soirée débat autour du film documentaire Carré 35 d’Éric Caravaca.
Un affect, éprouvé dans le corps, le pousse à s’engager dans une recherche très particulière. Le réalisateur se met en quête de retrouver les traces de sa sœur aînée décédée très jeune. Leur mère a brûlé toutes les photos de l’enfant et l’a enterrée dans un caveau de silence.
Ce documentaire esthétique, réordonne les paroles, les discours de ceux qui ont connu la petite fille en vue de lui rendre la part d’humanité que le déni et le rejet lui ont confisquée. Le déroulé ne se limite pas à une biographie familiale ou une enquête dans laquelle il serait question de faire parler les protagonistes pour retrouver la vérité sur l’enfant perdue, après avoir cerné le désir de l’Autre grâce à des entretiens exhaustifs : projet voué à l’échec. Le lien de la parole aux actes traverse le film et dépasse le contexte familial.
C’est un film politique et le désir du réalisateur Éric Caravaca prend consistance dans un vouloir « faire parler à partir des images ». Les images ne parlent pas, elles font littoral avec le symbolique. Mais l’artiste nous montre que la propagande de la pire espèce tente de nous convaincre du contraire et ne se gêne pour calquer ses commentaires mortifères et cyniques sur les images, abusant de faux-semblants.
La démarche d’Éric Caravaca est subtile, elle nous confronte à notre propre rapport à la différence, à l’image du corps de l’autre dans quelques scènes qui font tache de la bonne manière. C’est là que ça nous regarde, nous dérange peut-être, et c’est tant mieux.
C’est là que ça touche à notre engagement, dans le moment politique qui est le nôtre, où les attaques contre la psychanalyse (sur laquelle É. Caravaca s’appuie à sa façon) ne cessent pour tenter de l’éradiquer. Mais peut-on vraiment éliminer la différence, la singularité, et quel en serait le coût? si ce n’est, en fin de compte, celui de notre propre perte.
Pour nous épauler dans l’élaboration de notre propos orienté par la psychanalyse nous aurons la joie d’avoir, pour invitée, Raquel da Matta-Beauvais .
Grégory Leduc, pour la Commission Cinéma Psychanalyse
Raquel da Matta-Beauvais est psychologue clinicienne, membre de l'Association de la Cause Freudienne-CAPA