Les causeries et le réel de la vie

Mardi 7 juin 2022 - 20h30
Soirée exceptionnelle des Causeries avec la photographe Lucie Pastureau à l’occasion de la publication de son dernier ouvrage Luminescences.
 
Lucie Pastureau a photographié des jeunes patients dans un service de soins dédié à l’adolescence. Son regard, toujours porté par une ambition sociale et documentaire, interroge sur le rôle de l’artiste comme « médiateur » - de l’art dans un contexte contraint, mais également d’une approche expérimentale visant à explorer l’intime.  
 
Luminescences est le nom qui restitue les rencontres de Lucie Pastureau avec ces adolescents dans le vase clos d’un service hospitalier. Désignant tout à la fois une résidence d’artiste et un ouvrage, Luminescences, comme le rayonnement échappé des sujets qu’elle a photographié, traduit aussi la tentative d’attraper un indicible de ce temps d’après l’enfance.
De 2016 à 2019, outrepassant la perspective documentaire, « décloisonnant son regard, » le travail de Lucie Pastureau s’est déjoué d’un sentimentalisme qui souvent polarise l’urgence de chacune des vies de ces jeunes. Elle visait un au-delà, « traverser les corps pour capter l’invisible » et « donner sa place au vide, au rien » pour restituer à l’objet de cette rencontre « la dignité de la Chose » toujours inaccessible.
 
Elle avait dit que « les lumières de l’hôpital sont terribles » et selon deux processus, avait répondu en donnant aux images le négatif et l’infini stellaire pour offrir une nouvelle colorimétrie aux êtres. En ce sens, Lucie Pastureau sera pour nous un témoin privilégié, au-delà du malaise civilisationnel, de cet instant d’incarnation, de ce noyau de l’être pouvant laisser apparaitre au regardeur la lisière de ces « couleurs de femmes ».
 
En outre, nous aurons la chance et le privilège pour cette soirée d’accueillir et de converser avec Caroline Perreau, éditrice de l’ouvrage chez Hartpon, pour l’entendre nous dire ce qu’enseigne la rencontre avec l’artiste et son travail. Claude Parchliniak, psychanalyste, membre de l’École de la Cause Freudienne et Guillaume Darchy, éducateur et psychologue, membre de l’ACF, et à l’initiative de cette résidence, animeront cette dernière Causerie de l’année aux « couleurs de femmes. » 

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Qu’est-ce qu’une femme ? Qu’est-ce qu’un homme ? Ces questions, avec lesquelles la psychanalyse s’est introduite dans le discours de son siècle et y a fait date, se posent, au XXIème siècle, avec une acuité sans précédent. Cette actuelle version du malaise dans la civilisation trouve son interprétation dans l’apparition d’un nouveau signifiant. Si le genre n’est pas un signifiant de la psychanalyse, il est en sans doute un effet, et il marque l’entrée dans une nouvelle époque dont il remanie les discours.

Vous, c’est comme signifiants que vous vous sexuez 2». Il faut dire que Lacan a rebattu les cartes à propos du masculin, du féminin - ce « continent noir » sur lequel Freud avait buté - et du phallus, dont il ne s’agit plus du tout de dire que les uns l’auraient quand les autres en seraient privées. Avec l’écriture des formules de la sexuation, Lacan dit bien autre chose : homme et femme sont des signifiants et charge à chaque Un d’y situer son être et sa jouissance. Entre homme et femme, il n’y a pas de rapport, mais plutôt un mur. Ceci fait dire à Lacan qu’il n’y a dans le sexe « rien de plus que (…) l’être de la couleur, ce qui suggère en soi qu’il peut y avoir femme couleur d’homme, ou homme couleur de femme 3». Dès lors, les possibles se déclinent à l’infini dans un vaste nuancier de couleurs, comme autant de singularités auxquelles nous prêterons un oeil et une oreille attentifs. 

Cette année encore, les Causeries font escale à l'Univers pour mettre la psychanalyse à l'épreuve de la création contemporaine avec le cycle "Couleurs de femmes". Dans la musique, l'art, la littérature, le théâtre, la photographie, les artistes et leur oeuvre nous enseignent sur le plus singulier du réel de la vie.
 
Agathe Sultan
Crédit photo : Philippe Julia & Caroline Ablain

Programme :

22 février #Hip-hop

Marion Evin : Ka(t)e Tempest

Agathe Sultan : Casey

Discutant : Catherine Heule

 

"C'est un lieu commun de considérer que le rap a un problème avec la féminité. Moi je suis femme et homme. Ni femme ni homme. Et personne ne m'emmerde." Casey

 

"Combien de Toi as-tu été ? Combien de fois t'es-tu vue changer ? T'es-tu sentie te fendre en deux ? Né héros, Né bizarre. Né chelou. Né homme. Elle est debout." Kae Tempest

 

15 mars #Théâtre

Sophie Charles : Joël Pommerat

Joséphine Duquenoy : François Tanguy

Discutante : Virginie Leblanc

 

« Qu’est-ce qu’un être humain ? C’est du biologique et de la légende. C’est de la chair et de l’imaginaire. Il y a des choses plus vraies que d’autres, certes, mais la réalité est une chose qui se situe aussi dans la tête. C’est cela que j’essaie de rendre dans mon théâtre ». Joël Pommerat

 

"Je ne fais pas du théâtre pour que mes spectacles montrent des points de vue sur les choses, le point de vue est le spectacle lui-même. Le spectacle existe comme un acte. Je n'ai rien à dire à ce propos. Si je pouvais définir cet acte, je ne le ferais pas." François Tanguy

 

10 mai #RegardFéminin

Claire Debuire : Georgia O’Keeffe

Catherine Heule : Vivian Maier

Discutant : Marion Evin

 

 

7 juin #Luminescences

Soirée exceptionnelle avec Lucie Pastureau, photographe

Discutants : Claude Parchliniak et Guillaume Darchy