APPRENDRE à LILLE/ J47

 

Qu'est ce qui peut bien pousser Willy à quitter le domicile familial à la cinquantaine passée ?

Sur quels ressorts s'appuient ce désir inébranlable à rejoindre Caudebec, la ville voisine, pour avoir son appartement, et ses amis.

 

Ce désir si fort d'émancipation l'oblige à se confronter à un monde qu'il ne connaît pas. Mais ne sommes-nous pas, les uns, les autres, toujours dans pareille situation, à jamais inadaptés ? Pour ses premiers pas dans ce nouveau monde, Willy pourra compter sur sa curatelle, Catherine. Elle guide, oriente, ouvre des possibilités, ne l’infantilise pas, découvre un espace pour l'expression de ce désir qu'elle seule semble prendre au sérieux.

 

Alors en apprenti de la vie, Willy ne cède pas, même si son premier logement, une colocation, ne conviendra pas. Il préférera s'installer seul, peut-être pour mieux retrouver celui qui n'a jamais cessé d'être son colocataire, même disparu. Probablement avons-nous là un enseignement de Willy. Et si une leçon est donnée, c'est bien à nous qui le regardons vivre. Willy nous montre l'irréductible noyau qu'est, pour lui, ce lien fraternel dans lequel s'enracine son existence, pour en faire le point d'appui de cette nouvelle vie.

 

« À Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde ! » avait-il dit à ses parents. Si ce triptyque annoncé par Willy à des contours normatifs, ce « désir de normalité1 » ne peut être en aucun cas réduit à une mise aux normes. Willy a son style dans lequel l'Autre n'a qu'a bien se tenir, ce qu'un « Et j'vous emmerde » vient magistralement ponctuer. Du fait d'être plus en phase avec son désir, Willy n'est pas englué dans l'Autre, mais au contraire en use, ne se laisse pas embobiner aussi facilement que certains l'imaginent et construit, pour son usage, jamais facilement, son rapport à l'Autre à partir duquel il fait lien social.

 

Pour mieux faire saillir les enjeux de ce film magnifique où se démontre ce désir décidé de Willy, nous avons invité Virginie Leblanc, co-directrice des 47iemes Journées de l’École de la Cause Freudienne, qui animera le débat suite à la projection.

 

 

Pour la commission Rencontre Cinéma-Psychanalyse,

J.-F. Reix